Au début, j'ai pensé qu'un orage…

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Cline
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Au début, j'ai pensé qu'un orage…

Message par Cline »

Scène ouverte de mars 2026
Il me semble que "Au début, j'ai pensé qu'un orage..." vient un atelier de l'ancien forum, peut-être celui de la commune de Nicole. Je n'avais écrit que le 1er paragraphe à ce moment-là. Je l'ai terminé pour l'occasion.


Au début, j'ai pensé qu'un orage...

Au début, j'ai pensé qu'un orage se préparait, que le toit avait grincé, qu'un arbre dehors faisait des siennes. Et le cœur battant, j'ai allumé ma lampe de chevet. La faible lueur me rassura un peu, juste assez pour me donner le courage d’aller à la fenêtre, écarter le rideau, regarder dehors. Pas un souffle de vent, pas un nuage dans le ciel étoilé, pas un mouvement d’arbre, rien, juste moi, mon cœur battant et… cette impression de quelque chose. Et puis cette nuit qui n’en finit pas.

Une longue nuit glaciale d’hiver, une nuit silencieuse, une nuit de pleine lune, une lune qui éclaire tout, qui dessine des ombres sous les arbres, les bosquets, qui éclairerait sans doute une silhouette, toute étrangeté, monstruosité… Insidieusement, les battements assourdissants de mon cœur ont envahi le silence. Mes yeux cherchent le monstrueux parmi les ombres lunaires, mes oreilles guettent l'innommable parmi les battements devenus fous. C’est peut-être là, dehors à errer. Et puis cette nuit qui n’en finit pas.

Le vent se met à souffler doucement ; alors les ombres des arbres et des bosquets ondulent. Une porte oscille en grinçant. Une bourrasque soudaine débusque l’altération. Elle se terre là, bien cachée parmi toutes ces branches fantomatiques. Ce n’est pas l’ombre d’un arbre, elle est plus…, elle est plus…, elle est plus… Il y a aussi ce bruissement frouuutch frouuutch que je perçois à travers les bruits de mon cœur et de cette porte chancelante. Je ne quitte plus des yeux cet amas d’ombres, attendant que l’altération réapparaisse. Et puis cette nuit qui n’en finit pas.
Le vent s’arrête et avec lui la nature se fige à nouveau. Les ombres regagnent leur place sous les branches des arbres et des bosquets. La porte se tait, les bruissements frouuutch frouuutch, non, je les entends toujours. Je cherche du regard, encore, et cette impression de quelque chose ne me quitte pas. Je prends une chaise et à ma fenêtre, j’attends. Je me dis que si je veille, l’altération ne sortira pas de son nid, qu’elle restera une impression. La nuit n’en finit pas.

Frouuutch, frouutch, frouuutch, mes yeux se ferment, le bruissement m’emporte dans un sommeil profond. Sur ma chaise, la tête posée sur mes bras. Le matin me cueille comme cela, engourdi, frigorifié, éreinté.
Je décide alors d’aller faire le tour du jardin à la recherche de mes terreurs nocturnes. Le bruissement était surement un rapace nocturne. La porte, celle de la grange qui ne ferme pas bien. Le froid mordant me réveille tout à fait. Il n’y a pas de trace sous les arbres, je cale la porte. Pour la chouette ou le hibou, mon inconscient finira bien par comprendre…

Et les nuits reviennent, la nuit revient toujours, l’altération est là, tapie dans son nid. Elle aussi, elle revient toujours. Je n’ai plus besoin de la chercher entre les arbres, à force, je sais où elle se trouve. Chaque nuit, j’épie mon ennemie insaisissable depuis ma fenêtre. Pourquoi elle ne me laisse pas tranquille. Les nuits n’en finissent plus, elles ont fini par prendre le dessus sur le jour.

Frouuutch, frouuutch, frouuutch, le bruissement me réveille en se faisant plus fort. Je suis engourdie, j’ai froid. Il fait toujours nuit, cette nuit qui n’en finit pas. Le vent souffle, des branches balaient le toit. Une gêne sous un bras. Le Horla de Maupassant…
Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme.
Colette
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