pardelà

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Moon2
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pardelà

Message par Moon2 »

Il y eut un monde avant le monde, et avant lui bien d’autres. Mais, comme le soleil immuable dans l’éternité du ciel, les gens reviennent, attachés au fil de la destinée. Ainsi commence l’histoire.

Les dieux avaient façonné l’héritage de leur mémoire donnée à ceux qui marchent. À ceux qui rêvent, ils donnèrent le Don. Cette loi inviolable dura bien des mondes.

Puis le cycle des étoiles changea. Une ère étrange s’élança dans le nouveau monde, et les ombres grandissantes d’une tragédie terrible pesèrent sur les deux Fratries. Ceux qui marchent trouvèrent la science de l’Enkre ; ceux qui rêvent voulurent garder leur droit sur le Don. Une lutte terrible germa et anéantit l’ouvrage ancien des Dieux séculaires.

C’est tout ce que j’sais ! Le reste appartient au silence des âges, voyez-vous. Ce qui dort en chacun de nous, ici, maintenant, avant, derrière les nuées pâles des amphores muettes, et ce qui sera un jour résolu… ou non.

Je dois vous paraître bien vague, et littéralement ennuyeux. Mais que vous dire de plus ? Partout, le Don et l’Enkre s’entrechoquent, et la guerre qu’ils redoutent est à nos portes. La nuit sera longue, et la douleur que vous ressentez, cette énigme qui vous a conduit jusqu’ici, est parfaitement naturelle pour des gens comme vous.

Vous ne voyez pas. Eh bien, vous n’êtes ni des Marcheurs ni des Rêveurs : vous êtes autre chose, et vous le ressentez. Mais nous parlons beaucoup ; le jour va arriver, j’entends les aigrettes s’étirer.

Ah, si nous avions toutes les réponses, les dieux, résolument, seraient des êtres satisfaits. Mais ce n’est point le cas, et ça ne le sera peut-être jamais — et au plus profond de moi, je l’espère. Car si nous résolvons cette diablerie d’énigme, ils recommenceront un Autre.

Comprenez-vous ce que je vous dis ? Eh bien, tout ce que nous connaissons et tout ce que nous aimons disparaîtra pour renaître d’une autre façon. L’eau sera le temps, les nuages seront des cadrans, qu’en sais-je… et nous ne serons toujours là, nous, ceux qui n’ont aucune voie. Fantômes, reflets d’un espoir d’antan, et pourtant l’espérance d’une paix à venir.

Ce dédale de questionnements fait tourner le monde, soupirer les dieux. Mais tant que le vent caresse ma peau, que l’eau fait mon repas et la couche mon repos, je me considère libre et vivant. Et cela doit être ce que vous pensez.

Non, ce n’est pas une question, mais un devoir : vous devez penser ainsi, sinon vous ne parviendrez pas là où nous allons, voyageurs du présent. Vous n’avez ni Don ni mémoire, nus comme des vers — pardonnez-moi mon sourire, il est nerveux. J’aime cette image. Après tout, le rire est la fortune du pauvre, et vous êtes dépourvus de tout.

Mais cela n’est que bienfait : une entaille de lumière dans la pénombre amère de la prison de ceux qui sont héritiers des dieux. Vous n’avez ni but aujourd’hui ni passé pour marcher. Juste le temps est de notre côté. Et le temps n’est qu’un battement de l’éternité.

Enfin, c’est une image assez floue. Nous sommes ici, dans ce que nous appelons entre nous les Autres, les arpents fluctuants. Cette diatribe légère sur l’origine, le chaos et l’ordre divin doit vous paraître non avenue, et pourtant, c’est là où vous êtes différents : vous m’écoutez sans dire mot, sans attendre votre réponse piquante qui ferait un théâtre de détails inutiles.

Nous sommes les Autres. Ceux que les dieux ne regardent pas. Ceux qui n’ont aucune destinée dans le schéma céleste ou terrestre, aucune emprise sur les cycles, mais qui n’ont aucune étreinte de l’âme pour avoir le pouvoir d’avancer, de formuler les choses.

Savez-vous au moins ce que veut dire « les Autres » ? J’imagine que vos idées jaillissent en grandes théories — toutes seront fausses — sans admettre que vous ne pouvez pas savoir en vous référant au monde d’où vous êtes venus vous perdre. Car vous êtes d’abord des imbéciles.

Mais cela fait de vous des innocents, et sans doute la raison pour laquelle vous êtes encore en vie. Parfois, ils disent de nous que nous sommes dangereux et mauvais ; parfois, que nous sommes doux comme la caresse d’une plume sur le bout du nez d’une amourette ; ou simplement insignifiants. Souvent, ils disent que nous sommes un mensonge.

Nous sommes tout et rien. Ni dieux, ni maîtres, ni esclaves — telle est ma conviction. Sans doute sommes-nous sujets à des règles, mais aucune ne m’a éprouvé au point que je sois d’accord pour l’admettre entièrement.

Et si je fais durer les choses, c’est que je suis comme vous : je n’ai aucune idée de la réponse, et je ne suis pas sûr qu’il faille qu’il y en ait une. Mais un jour, un homme sage m’a dit : « Dans un puits, rien n’est jamais plus sûr que l’écho. »

C’est ce que nous sommes : la Résonance. Nous sommes le Sens de cette superarchitecture céleste, dépourvus de nos âges et de nos cycles, loin de nos mondes. Quand j’ai le cœur en joie, je pense que nous sommes l’espoir ; quand il est à la peine, que nous sommes maudits.

Quel rôle jouez-vous ? Le mien vient à son terme. Je ne suis qu’un aveugle, et vous êtes de fringants aventuriers au soupçon d’âme. Cela me met le cœur en fête et le ventre en appétit. Mangeons un peu : le matin se lève.

Écoutez un instant la lumière frémir sur votre peau. Reposez vos plantes de pieds sur le sol où nous sommes, là. Attrapez un murmure au loin, qu’importe votre oreille et le secret de votre esprit. Sachez que la boucle est bouclée, que la minute est un pas dans l’immensité.

Le chaos est fonction de l’ordre, et l’ordre, par nécessité, est dans le désordre sûr. Ici, tout va et tout converge. Vous ne l’habitez pas : vous êtes des vagabonds célestes. Mais il est temps, dans ce laps, de poser vos bagages et de sentir la caresse de l’air, la douceur de l’aube qui s’étire dans vos sensations d’être des éveillés.

Ce n'est pas vraiment de la slam poésie mais j'avais envie de le partager
nicole
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Re: pardelà

Message par nicole »

C'est très beau, je trouve
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